mardi 9 juin 2015

De Giotto à Caravage




Dates

Du 27 mars au 20 juillet 2015

Musée Jacquemart-André
158 boulevard Haussmann 75008 Paris

Note (/4)






Roberto Longhi, historien de l'art italien, a étudié principalement des artistes de la renaissance italienne et c'est à travers son regard que l'on découvre les œuvres de divers peintres italiens du XIVe siècle au XVIe siècle. La réunion de ces toiles permet de noter l'évolution de la peinture italienne au centre de la scène artistique depuis le début de la Renaissance au trecento, en se concentrant notamment sur la figure emblématique du Caravage. 

Dès l'entrée de l'exposition, après avoir passé un tripode comme dans le métro, nous sommes directement plongés dans la splendeur du maître baroque Le Caravage. Mon regard a été directement attiré par Le garçon mordu par un lézard. Son regard nous fixe directement et nous transmet la surprise mêlée de douleur qu'il ressent à cet instant précis. Ce n'est qu'après la rencontre avec se regard que l'on remarque un petit lézard ayant capturé dans sa gueule le doigt de ce jeune homme. La souffrance amplifiée par l'étonnement est visible à travers la contorsion du corps accentué par un jeu de clair-obscur touchant directement au point que je sentis presque son malaise. Celui-ci transparaît de même dans son visage, un sourcil abaissé, les lèvres entrouvertes, l'ombre accentuant le froncement des sourcils ... Caravage parvient à transmettre une véritable émotion à travers sa peinture.   

Le Caravage, Le garçon mordu par un lézard, 1594

De fait, même lorsqu'il choisit un sujet religieux tel qu'un épisode de la passion, Le Caravage parvient à lui donner vie, il ne retranscrit pas seulement le récit de la bible mais lui donne une profondeur singulière permettant d'atteindre le spectateur. Dans Le couronnement d'épines, la diagonale lumineuse réalise un jeu d'ombre dramatisant la toile en lui donnant une profondeur étant donné que le clair-obscur met en avant les gestes de torture des soldats ainsi que la ligne du coup du Christ affaissée soulignant sa douleur. 


Le Caravage, Le couronnement d'épines,1602-1604

Le spectateur est ainsi plongé directement dans les scènes intimistes choisies par Le Caravage où l'action se focalise seulement sur certains personnages permettant de rendre une émotion palpable se détachant ainsi de ses pères. 

En effet, une section consacrée au trecento et au quattrocento permet à l’œil du spectateur de repérer la singularité du Caravage par rapport à ses ancêtres. Même si Giotto marque une rupture dans la peinture en abandonnant l'idéalisation et en établissant une nouvelle expression picturale empreinte de naturalisme et d'humanité, il permet de lancer les peintres sur la voie de la modernité chacun ajoutant sa propre touche. Cette rupture avec la peinture traditionnelle se fait encore plus ressentir au quattrocento avec le peintre Masaccio qui, en s'inspirant des innovations précédentes établies par exemple par Brunelleschi ou Donatello, arrive à une expression plus humaine et intègre directement le personnage au paysage. C'est lui qui influencera notamment Masolino au point qu'il abandonnera le gothique international pour adopter une technique presque similaire à celle de Masaccio. Parallèlement Pierro della Francesca développe la perspective géométrique et atteint une technique quasiment parfaite mais inapte à l'émotion. 

Giotto di Bondone, Saint Jean l’évangéliste, vers 1320
Masaccio, Vierge à l'enfant, 1426-1427


Pierro della Francesca, Saint Jérôme avec un dévot
Comme l'affirme Roberto Longhi: "Caravage est donc en germe, un impressionniste, mais dans un registre dramatique"
Le Caravage influence de nombreux artistes nommés les caravagesques, même si plus formalistes ils tendent vers la scène de genre. Une diversité de courants étudiés par Roberto Longhi naissent donc à partir de ce dernier. Par exemple, Carlo Saraceni dans son oeuvre Judith avec la tête d'Holopherne parvient à rendre une atmosphère de mystère et de non-dit à l'aide d'une dramatisation de la scène grâce à un jeu de lumière tout en ajoutant une coloration douce et romantique. Malgré son regard mesquin, la féminité de Judith transparaît à travers la délicatesse de ses traits parvenant aussi à tromper le spectateur sur ses intentions criminelles. 


Carlo Saraceni, Judith avec la tête d'Holopherne, vers 1618
Bartolomeo Manfredi, Le couronnement d'épines, vers 1615

Une belle exposition faisant découvrir de façon simple et clair l'évolution de la peinture italienne lors de la Renaissance du trencento et quattrocento à travers Le Caravage introduisant une émotion qui nous touche encore aujourd'hui, nous, spectateurs du XXIe siècle. 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire